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Lettre à Coco

Cher Coco,

Ou plutôt « cher Claude » ? Non, va pour Coco. On ne va pas se mettre à t’appeler Claude aujourd’hui, juste parce que tu t’en vas. Car, oui, tu t’en vas. Après trente-et-un ans de bons et loyaux services, ce soir marquera ton second départ et comme un symbole il se fera à nouveau sur la pelouse de Roudourou, comme un certain 27 Mai 2005. On était déjà présents ce soir-là et on le sera à nouveau, en tribunes ou par la pensée. Quand tu donneras le coup d’envoi fictif face au LOSC ce soir, ça sera officiel : tu ne seras plus, sur le papier, guingampais.

Trente-et-un an, bordel. Qui peut se targuer, aujourd’hui, d’avoir passé autant de temps au sein de son club de cœur, que ce soit en tant que joueur puis en tant que membre du staff ? Trente-et-un an, c’est l’âge de Moustapha Diallo aujourd’hui. C’est-à-dire que quand tu posais les pieds dans le club pour la première fois, il venait au monde. La naissance de deux légendes, en somme. En ajoutant encore quinze ans à ça, tu trouves la période écoulée depuis le dernier trophée majeur du Stade Rennais. Une véritable éternité.

S’il fallait te trouver un défaut, il serait indubitablement celui d’être né dans les terres sauvages du Finistère. Mais tu n’es pas la seule légende guingampaise à y avoir poussé ses premiers cris. Tel Stéphane Guivarc’h, Jocelyn Gourvennec, Christophe Kerbrat et quelques autres, tu as su prouver que tu valais plus que des origines malheureuses.

Le chemin aura été long et tumultueux de tes débuts au Club Sportif Rostrenois, à ce jour où tu quittes l’En Avant, mais quel chemin. Tu aurais mérité de laisser une trace plus profonde dans l’histoire du football français. Un peu comme les traces de crampons laissées par Blaise Kouassi sur quelques adversaires malheureux de se retrouver sur ses trajectoires. Tu aurais mérité d’être l’un des premiers à la lever, cette foutue Coupe de France. Partie remise, toutefois, pour celui qui sera quelques années plus tard, ton digne successeur. Un certain Lionel.

Mais au lieu de ça, tu as préféré marquer l’histoire d’un club, d’une ville et de milliers de supporters. En marquant, déjà, littéralement. Tu ne marquais pas souvent, mais l’un d’eux restera gravé à jamais. Tu sais de quel but on parle. De celui qui donne à l’En Avant sa toute première montée et qui coûtera, au passage, un rein au numéro cinq toulousain. Tu as décidé de marquer aussi, mais surtout, par l’exemple. Il serait mentir que de dire que sur le terrain tu étais le plus beau à voir jouer mais ce que tu n’avais pas en technique ou en talent, tu le compensais plus que largement en hargne et en envie. Sur un terrain, tu étais l’incarnation même de « mouiller le maillot. »

Une fois ta carrière sportive achevée, tu aurais pu t’en aller comme un prince. Tu avais déjà tout donné au club et personne ne t’en aurais voulu. Mais tu as estimé ne pas en avoir donné assez et tu as décidé qu’il était temps pour toi de redistribuer auprès de la jeunesse guingampaise ce que tu as appris durant tes longues années sur la pelouse abimée de Roudourou.

On passera outre le côté politique de la chose pour se concentrer sur les faits car aujourd’hui est arrivé le jour que peu imaginaient mais qui semble depuis quelques temps inéluctable. Aujourd’hui, Coco, tu pars. Aujourd’hui, Coco, tu n’es plus un membre de l’équipe de l’En Avant de Guingamp. Mais à jamais, Coco, tu seras Guingampais.

On ne saurait te le dire assez, mais on le dira une fois de plus. Ces cinq lettres à la signification moindre et qui ne saurait dignement rendre justice à ton œuvre.

Merci.

Signé, un supporter parmi tant d’autres que tu as fait rêver.

Article ecrit par Franck

Adorateur de Moustapha Diallo.